Le Forum international pour le journalisme et les médias exprime sa profonde inquiétude face à la position du Premier ministre canadien, Mark Carney, concernant les frappes américano-israéliennes qui ont visé l’Iran le 28 février 2026.

Ces développements représentent une escalade grave susceptible d’accentuer l’instabilité dans la région et de la pousser vers un affrontement plus large aux conséquences potentiellement catastrophiques. Le recours à l’option militaire à un moment où les voies diplomatiques n’étaient pas épuisées, mais étaient encore en cours, y compris les efforts de négociation sous médiation d’Oman, ne peut être compris que comme une décision consciente d’élargir le cercle de l’escalade.

Nous affirmons clairement que le régime iranien est un régime autoritaire, ayant exercé la répression sur son peuple et contribué aux souffrances du peuple syrien pendant les années de guerre. Cependant, reconnaître ces faits n’accorde à aucun acteur le mandat de dépasser les règles du droit international. La légitimité de l’action militaire ne repose pas sur des descriptions politiques, mais sur un strict respect des cadres juridiques internationaux. Le choix de recourir à la force alors qu’un processus diplomatique est en cours constitue une atteinte délibérée aux chances de solution pacifique.

Qualifier ces frappes de « mesures défensives préventives » ne tient pas face aux normes juridiques reconnues au niveau international. Une attaque contre un État souverain en dehors du cadre de la légitime défense, tel que défini par la Charte des Nations unies, demeure susceptible de responsabilité juridique. Ces développements soulèvent des questions sérieuses quant au respect des articles 2(3), 2(4), 33 et 51 de la Charte, qui obligent les États à résoudre leurs différends par des moyens pacifiques et interdisent le recours à la force sauf dans des limites strictes et selon des conditions clairement définies.

Face à cette escalade, une position ferme appelant à la désescalade et au retour sur la voie diplomatique était attendue. Cependant, le soutien du Premier ministre Carney à ces frappes leur a conféré une couverture politique, à un moment où le système juridique international souffre d’une fragilité sans précédent et nécessite un renforcement plutôt qu’un nouvel affaiblissement.

Cette contradiction devient d’autant plus évidente à la lumière des déclarations du Premier ministre à Davos, où il a souligné l’engagement du Canada envers la souveraineté des États, leur intégrité territoriale et la protection des droits humains, ainsi que la nécessité de soumettre le recours à la force aux limites du droit international. Préserver l’image du Canada en tant que puissance moyenne principielle et crédible exige une cohérence dans les positions, et non une application sélective des normes selon l’identité de l’acteur.

La position du Canada a été historiquement associée au soutien de la diplomatie, à la protection des civils, à la désescalade et au strict respect du droit international. Cet héritage ne peut être préservé que par des positions claires et équilibrées, plaçant le droit au-dessus des alliances et des considérations politiques immédiates.

Par conséquent, le Canada devrait rejeter toute démarche visant à imposer un changement de régime en Iran par des moyens militaires, que ce soit de manière unilatérale ou en partenariat avec les États-Unis. Les expériences des dernières décennies ont montré que le renversement des régimes par la force extérieure n’apporte pas de stabilité durable, mais conduit souvent à l’effondrement des institutions étatiques, à l’augmentation de la violence et à l’aggravation des souffrances humaines, avec des conséquences transfrontalières.

Il convient également de rejeter toute démarche susceptible d’entraîner la région, et peut-être le monde, dans un affrontement plus large en cette période internationale extrêmement instable. Dans un contexte de pressions économiques mondiales et de sentiment croissant d’incertitude, la communauté internationale ne peut se permettre un nouveau glissement vers un conflit à grande échelle.

Le choix responsable aujourd’hui consiste à redonner toute sa place à la diplomatie, à respecter le droit international sans double standard et à œuvrer sérieusement pour épargner à la région et au monde davantage de divisions et de violences.


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